ET SI ON CHANGEAIT DE REGARD SUR LA SANTÉ MENTALE ? CE QUE J’AI DÉCOUVERT SUR LE TERRAIN

Depuis quelque temps, j’ai remarqué combien de personnes, autour de moi, souffrent silencieusement. Le bien-être émotionnel s’effrite, l’équilibre est menacé, la productivité baisse parfois sans que personne ne s’en rende vraiment compte. Face à cette réalité, les témoignages partagés sur les réseaux sociaux par des connaissances, ainsi que l’état de santé de certains proches, me rappellent combien il est essentiel de prendre soin de sa santé mentale, car tout dépend de notre qualité de vie, notre capacité à aimer, à rêver, à créer.

C’est ainsi que j’ai commencé à m’intéresser de plus près à cette question. Mais ce n’était que le début. Récemment, j’ai eu la chance dans le cadre de mon travail, de collaborer avec une structure engagée dans la santé mentale. Coïncidence ? Ou appel du destin ? Quoi qu’il en soit, cette expérience a marqué un tournant dans ma manière de percevoir la souffrance psychique.

Une immersion professionnelle qui a tout changé

Sur le terrain, j’ai vu, entendu, ressenti des récits bouleversants, des vies fracturées, des regards perdus. Mais aussi un engagement impressionnant de la part des établissements d’accueil, des équipes soignantes, des structures œuvrant dans le domaine. Moi qui pensais déjà « savoir », j’ai réalisé combien j’étais encore loin de comprendre.

En voyant la douleur de ces personnes, j’ai compris quelque chose de fondamental : la santé mentale ne définit pas une personne. Ces personnes atteintes sont, avant tout, des êtres humains dignes d’amour, de respect, d’attention.

J’ai vu des femmes atteintes de maladie mentale sourire, tendre la main, se montrer polies. J’ai vu ces mêmes femmes apprendre à tisser, à fabriquer des serviettes hygiéniques réutilisables. Ce n’était pas facile pour toutes, mais elles faisaient des efforts incroyables.

J’ai aussi rencontré des femmes rétablies, magnifiques. Quand j’ai vu leurs photos « d’avant », j’ai eu du mal à croire qu’il s’agissait des mêmes personnes. Oui, on peut guérir de la maladie mentale, à condition d’être pris·e en charge, accompagné·e, soutenu·e.

Mais soyons honnêtes :

Combien de personnes pensent réellement à leur santé mentale ? Combien prennent soin d’elles-mêmes, sans culpabilité ? Combien reçoivent les soins appropriés ? Et surtout, combien sont stigmatisées, jugées, exclues, y compris au sein de leur propre famille ?

La vérité, c’est que personne n’est à l’abri. Le stress, les traumatismes, les douleurs enfouies, la dépression. Tout cela peut nous faire basculer.

Je me souviens d’un jeune garçon, très curieux et calme, assister à nos tournages. On nous disait de le chasser parce qu’il allait déranger. On a insisté pour qu’il reste. Il suivait tout avec attention. Je suis convaincue qu’il a compris ce qu’on faisait. Et au fond de moi, je me suis dit qu’il aurait un grand avenir s’il guérit.

Et cette patiente qui m’a dit, les larmes aux yeux : « Depuis que je suis ici, personne ne me cherche. Ils m’ont tous abandonné, pourtant je me sens mieux. »

Osons en parler

Ces histoires m’ont changée. Elles m’ont appris qu’il ne faut jamais juger, mais apprendre à se confier, à écouter. Et si cela ne suffit pas, consulter un professionnel. Ce n’est pas un luxe ni une honte. C’est un droit, et même un devoir.

Trop souvent, on évoque la sorcellerie, l’hérédité pour expliquer la maladie mentale. Mais la réalité est simple : nous avons tous un seuil de résistance. Et ce seuil peut être dépassé.

Aujourd’hui, mon regard a changé. J’éprouve plus de compassion, plus de compréhension pour ces personnes.

Ce que j’aimerais que chacun retienne :

Alors osons parler. Il n’y a pas d’homme trop faible ou de femme trop forte. Nous sommes tous faits du même tissu fragile et précieux.

Alida Laure SOME

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